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Cycle de séminaires « Insularité-Insularisation »

À l’occasion du cinquième séminaire annuel organisé par Jacques Isolery (MCF, UMR CNRS 6240 LISA) sur le thème : “Insularité-insularisation”, nous voudrions proposer pour l’année 2015 une réflexion sur l’érotisme insulaire. Cet appel à contributions est destiné à recueillir des études majoritairement littéraires mais sans exclure d’autres domaines d’investigation en sciences humaines. Les articles seront publiés conjointement aux textes des interventions au séminaire.

Dans la mythologie grecque, Éros est un dieu fondamental et fondateur, puisque c’est son pouvoir qui permet, tout en séparant les éléments primitifs, de les relier et de créer Ouranos, Océan et Gaia et toute la race impérissable des dieux bienheureux (Aristophane, Les Oiseaux, 693-702). Pourtant, Georges Bataille, nous rappelle que « l’érotisme est toujours une dissolution des formes constituées » . Séparant ou reliant, Éros a certainement des choses à nous dire sur l’île qui offre elle aussi l’image paradigmatique du séparé-relié et sur les fonctions qu’elle assume dans l’économie désirante et nostalgique du voyage, de l’errance, du retour : celui d’Ulysse par exemple . À quelles initiations et à quels mystères l’Éros insulaire a-t-il pu participer dans l’histoire de la littérature, et pas seulement occidentale ? À prendre le sujet en sens inverse, le corps n’est-il pas lui aussi une île bavarde qui se multiplie et s’archipélise en objets partiels de désir ? L’Éros insulaire dialogue ainsi depuis toujours avec son Antéros...

Le choix de cette thématique est né d’un constat : la plupart des études actuelles sur l’insularité font étonnamment assez peu de place aux imaginaires érotiques liés aux phénomènes de passes et de passages, de clôtures et d’ouvertures, de fantasmes exotiques ou d’entropies liés au chronotope insulaire, que celui-ci ait un référentiel réel ou constitue un micro-monde fictionnel possible, qu’il soit allégorique et symbolique ou simplement métaphorique (la maison close est une île !) ou virtuel comme l’île-du-Net. Tout se passe-t-il si bien en île d’Eros pour qu’il soit désormais inutile d’en parler ? Aurait-on définitivement tout dit de l’érotisme et ce savoir, sûr de lui-même, ne serait-il pas, comme le pensait Socrate, la pire des ignorances ? Ce silence signifierait-il l’absence d’une actualité de l’érotisme insulaire ? Il suffit de lire l’ouvrage d’Yves Michaud consacré à l’industrialisation du désir à Ibiza pour se convaincre que les promesses du marché de l’hédonisme font florès associées aux antiques fantaisies de l’île. N’existerait-il plus de représentations (continentales vs insulaires) spécifiques de l’amour et du corps érotique liées à l’île, à ses fantasmes, ainsi qu’aux diverses situations d’insularisme ? Les normes insulaires seraient-elles trop contraignantes en raison de la délicate proximité entre public et privé, licite et interdit ? Après avoir connu un fort développement théorique (Bataille, Barthes, Foucault, etc.), l’érotisme a-t-il subi une lente déflation et usure sur le plan des discours publics, des représentations culturelles collectives et des comportements privés (SIDA, “cocooning”, crise économique) ? Une nouvelle pudeur (pudibonderie ?) compense-t-elle les possibles excès des générations précédentes ? Les nouvelles technologies de communication (Internet en particulier) ne seraient-elles pas en train de modifier profondément et rapidement les fantasmes et les pratiques des érotismes individuels et collectifs ?

On se demandera donc si les embarquements pour Cythère ont toujours cours, par quels moyens, sur quels modes et à quelles fins, quelles sont aujourd’hui les îles du désir, de l’amour, du sexe, voire de la pornographie ou de la prostitution ? Comment ces interrogations sur l’insularité érotique trouvaient-elles hier, et parviennent-elles aujourd’hui à faire passer leur expression socialement acceptable à travers le filtre esthétique de l’œuvre d’art ? Quelles places pour l’érotisme dans les valeurs démocratiques et le respect de la personne humaine ? Enfin y a-t-il un “savoir aimer” qui appartiendrait originellement ou historiquement à une insularité dont les anciennes formes sont en train de céder la place à d’autres sous l’effet de la mondialisation ou de son corollaire inversé, local et régionaliste ?

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