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Séminaire "Dynamiques associatives territoriales et représentations sociales de l’environnement"

Dans le cadre du cycle de séminaires TerRA, Claire Graziani-Taugeron animera un séminaire le jeudi 25 octobre 2018 à 12h30 en salle DECA 001 sur le thème « Dynamiques associatives territoriales et représentations sociales de l’environnement : une analyse de l’action collective en Corse et aux Îles-de-la-Madeleine ».

Résumé :

Les milieux insulaires ont été largement investis comme objets d’études par les chercheurs de différents champs disciplinaires, tant en géographie, en économie, qu’en biologie ou en écologie. En effet, les îles sont souvent présentées comme des laboratoires idéaux (Duvat et al., 2014 ; Meistersheim, 2001) par les sciences humaines et sociales et par les sciences de la nature grâce à leurs dimensions, leur endémisme et leurs particularités aussi bien biophysiques que sociales. Or la crise écologique qui affecte l’ensemble de la planète se manifeste aussi de manière importante dans les îles qui peuvent constituer des observatoires des interactions entre une société et son environnement.

Par ce travail de thèse nous nous attachons à comprendre les démarches qu’entreprennent les associations de protection de l’environnement en milieu insulaire, particulièrement sur deux terrains d’enquête : la Corse en Méditerranée et les Îles-de-la-Madeleine dans le golfe du St Laurent. Les associations de protection de l’environnement sont l’objet de cette recherche ; en tant que structures de l’action collective environnementale elles sont à la fois porteuses des particularités territoriales insulaires, inscrites dans les constructions tant individuelles que collectives ; elles sont aussi les vecteurs de représentations d’un environnement qu’elles défendent. Une telle recherche développe un double intérêt : d’une part comprendre les trajectoires collectives qui structurent la mobilisation dans ces deux territoires insulaires et, faisant émerger les représentations de l’environnement portées par les acteurs, analyser les dynamiques associatives autour des projets environnementaux. D’autre part, il s’agira d’interroger le rapport citoyen aux démarches participatives et à la prise de décision politique en matière d’environnement.

La validité du principe selon lequel il existe des déterminants territoriaux à l’engagement en faveur de l’environnement, particulièrement en milieu insulaire où les représentations traditionnelles, symboliques et identitaires du territoire peuvent avoir une influence sur les mouvements associatifs, sera éprouvée à travers l’analyse de l’action collective à l’échelle locale. Le rapport à l’espace et à l’environnement est l’élément fondamental de cette démarche : par cette façon d’appréhender le social et le collectif dans les choix théoriques que nous adoptons nous construisons une vision globale de l’engagement militant en environnement, ancré dans un contexte forgé par son histoire et modelé par le milieu dans lequel il prend place.

Depuis les années 1970 une importante mobilisation associative et citoyenne s’observe en Corse pour les questions environnementales. Largement couverte par les médias locaux et nationaux, cette mobilisation collective en faveur de l’environnement a été relayée à travers le tissu social insulaire par des manifestations, des journées d’information ou des conférences organisées par les associations de protection de l’environnement. Les revendications portées par les militants s’éloignent de la seule conservation de la nature pour englober des revendications sociales, économiques et patrimoniales. Parallèlement, un autre territoire insulaire a attiré notre attention et constitue la seconde étude de cas sur laquelle s’appuie ce travail. Aux Îles-de-la-Madeleine, région québécoise archipélagique située au milieu du Golfe du Saint Laurent, les questions de protection de l’environnement suscitent aussi l’engagement citoyen et associatif. Les problématiques liées aux changements climatiques (érosion, montée des eaux, tempêtes) mais aussi à l’utilisation du territoire ou à son aménagement sont prégnantes et les associations de protection de l’environnement s’en saisissent afin de les amener devant les organes décisionnaires. C’est la nature même de ces revendications qui pousse à s’interroger sur les déterminants de cet engagement et sur ses modalités : quels sont les référentiels sur lesquels sont construites les revendications environnementales portées par les militants associatifs ? Quelles sont les formes de ces mobilisations ? À quoi se rapporte l’argumentaire militant ?

Afin d’apporter des réponses à ces questions, nous nous intéressons aux formes associatives de la participation citoyenne ainsi qu’aux politiques environnementales locales, ce qui permet de dégager les espaces institutionnalisés d’interaction entre différents acteurs. Par ailleurs, l’action collective s’inscrit aussi dans des espaces non-institutionnels que les approches de gouvernance et de gestion de conflits tentent, par des démarches de médiation et de concertation, de ramener à l’espace organisé, à l’espace géré du développement durable.

En cherchant à savoir si le rapport qu’entretiennent les acteurs insulaires avec leur environnement pouvait induire une volonté d’engagement en faveur de sa protection, nous nous intéressons aux modalités d’action collective et aux représentations sociales mobilisées par les acteurs associatifs dans leur argumentaire. Il apparaît alors que l’environnement à défendre devient par glissement ce à quoi d’autres acteurs (notamment institutionnels et scientifiques) font référence comme étant le territoire. Lorsque l’on parle d’aménagement du territoire cela renvoie à des actions institutionnelles destinées à organiser l’espace par des infrastructures et à une régulation législative et administrative. Cet espace des aménagistes peut avoir une valeur environnementale écologique intrinsèque (pour la richesse de sa biodiversité, par exemple) mais aussi une valeur environnementale liée à la qualité du paysage qui peut être mobilisée comme argumentaire de protection, à la qualité du bien qu’il fournit (l’eau potable par exemple) ou encore une valeur environnementale liée à son utilisation patrimoniale (liée à l’usage traditionnel des terres, par exemple). Ainsi, étudier les mobilisations associatives de protection de l’environnement en contexte insulaire permet de développer une approche scientifique de « l’environnement de proximité » nécessairement soudé à la société avec laquelle il entretient des interactions constantes. C’est de cette façon que l’environnement devient territoire et finalement, cette recherche questionne moins le rapport à la nature et la prise de conscience environnementale globale que le fonctionnement de deux sociétés, construites dans – et par – un territoire fini, dans leur rapport à l’objet environnemental représenté sous différentes formes.

D’ailleurs, l’observation de ces phénomènes de mobilisation en faveur de l’environnement en Corse et aux Îles-de-la-Madeleine nous a paru être l’opportunité d’une analyse sociologique approfondie, permettant d’élargir un peu plus le champ de l’action collective en environnement, mais aussi du rapport qu’entretiennent les sociétés avec leur environnement. Cet environnement que les pratiques de gouvernance instituent en territoire a été quelque peu délaissé par les sociologues de l’environnement : « […] la sociologie n’a que très rarement constitué le territoire en objet de recherche, laissant en la matière le champ libre à la géographie » (Alpe et Fauguet, 2008). Cherchant à réinvestir sociologiquement le territoire à travers les spécificités insulaires ce travail emprunte des approches épistémologiques et méthodologiques constructivistes pour appréhender les réalités des différents acteurs du domaine environnemental. La problématique de recherche suivante a donc orienté notre cheminement intellectuel : de quelle nature sont les dynamiques associatives environnementales en contexte insulaire ? Et, directement associée à cette problématique, la question suivante a guidé notre démarche : comment les représentations de l’environnement sont-elles mobilisées dans l’action collective en milieu insulaire ?

De manière à fournir des réponses à ces questions nous avons adopté une stratégie méthodologique qualitative appropriée à notre objet de recherche. Un dispositif d’investigation par entretiens a été mis en place sur les deux territoires étudiés puisqu’il était important de recueillir les représentations sociales des acteurs à travers leur discours au sujet de leur engagement dans la protection de l’environnement. C’est à travers l’analyse de contenu des discours que nous avons pu cerner les représentations sociales de l’environnement auxquelles est liée l’action collective. L’analyse de contenu est appropriée pour étudier les représentations sociales puisqu’elles sont diffusées à travers le discours des acteurs, et la technique d’analyse de contenu par codification et catégorisation des segments du discours nous permet de mettre au jour ces représentations (Caillaud, 2009 ; Jodelet et Kalampalikis, 2015 ; Moscovici, 2003 ; Mucchielli, 2009). L’analyse de contenu a été menée par étapes de codification et catégorisation systématique sur le logiciel Atlas.ti.

Afin de comprendre la réalité telle qu’elle est vécue par les acteurs il est fécond d’étudier à la fois les structures sociales – reproduites à travers les pratiques – au sein desquelles les acteurs interagissent et, parallèlement, des aspects construits par les systèmes de normes et de valeurs – les représentations – que les individus mobilisent pour orienter leurs actions. Pour cela notre réflexion s’inscrit d’abord dans le sillage des recherches sur les politiques publiques environnementales et la participation des associations de protection de l’environnement aux pratiques de gouvernance du territoire. Pour comprendre de quelle nature sont les dynamiques associatives en contexte insulaire il est indispensable de cerner les processus participatifs dans lesquels s’insèrent les associations mais aussi quelles sont leurs stratégies militantes et leurs rapports aux pouvoirs publics. Dans un premier temps, nous voyons donc comment les politiques de développement durable ont orienté le rapport à l’environnement aux Îles-de-la-Madeleine et en Corse, et en quoi les problématiques liées au tourisme et au développement économique insulaire en général sont au cœur des démarches de gouvernance environnementale. Nous présentons aussi les contextes socio-historiques des terrains étudiés, comment la problématique environnementale s’est construite et de quelle façon associations et organes de gouvernance s’en sont emparé. Ceci permettra d’introduire le premier objectif de ce travail de thèse à savoir la compréhension des impacts de la gouvernance environnementale sur les dynamiques associatives.

Dans un second temps, nous développons ce que sont les représentations sociales, particulièrement les représentations sociales de l’environnement et en quoi leur analyse est essentielle à l’étude de notre objet. Reprenant les différentes approches conceptuelles des liens entre une société et son environnement, de la première écologie humaine de l’École de Chicago au constructivisme environnemental de Frederick Buttel, en passant par les approches individualistes des sciences économiques et de la psychologie, nous nous attacherons à reconstruire un paradigme constructiviste explicatif des interactions société/environnement à travers le territoire insulaire et ses représentations. Cette démonstration permet d’introduire le second objectif de cette recherche qui est de cerner l’influence du territoire sur les représentations sociales de l’environnement.

Dans un troisième temps nous développons le second axe du cadre théorique de la recherche qu’est l’action collective et l’influence que peuvent avoir les représentations sociales sur cette dernière. Trois enjeux de l’action collective territoriale en environnement sont présentés (l’enjeu de gestion territoriale, l’enjeu de justice sociale et l’enjeu démocratique), ce qui permet de comprendre ce qu’apporte l’analyse des représentations sociales à l’étude de l’action collective. Nous décrivons comment a été conçue et modélisée l’action collective, des approches individualistes à l’explication par l’habitus et la socialisation militante, ce qui permet de présenter le concept de dynamiques associatives territoriales tel que nous l’avons conçu. Ce concept est central à notre thèse et il implique que l’action collective se développe dans l’interaction de trois paramètres que sont les représentations sociales de l’environnement, les différents enjeux de l’action collective et les rapports aux dispositifs institutionnels, la variable territoriale ayant une influence sur les trois pôles. C’est grâce à ce triptyque, comprenant l’identité territoriale individuelle et collective, que nous orientons la recherche vers son troisième objectif qu’est l’identification des spécificités des dynamiques associatives en Corse et aux Îles-de-la-Madeleine.

L’analyse interprétative du corpus des données des Îles-de-la-Madeleine, se divise en trois parties qui correspondent aux trois objectifs de la thèse. Nous exposons comment la concertation est un mode de régulation et de gestion des activités sur le territoire madelinot, ce qui présuppose des stratégies d’action associative fortement institutionnalisées et orientées vers la collaboration. Ensuite, nous démontrons que les acteurs associatifs aux Îles-de-la-Madeleine se représentent l’environnement comme étant intégré à leur quotidien, à leurs activités mais aussi à leur rapport au monde et que les spécificités du territoire insulaire sont présentées comme inextricables de la prise de conscience environnementale. Enfin nous décrivons les stratégies d’action collective, l’engagement environnemental des militants et leurs modes d’action coopératifs.

L’analyse du corpus de données recueillies en Corse est construite de façon symétrique ; elle se divise donc en trois parties correspondant aux objectifs de recherche : nous abordons les pratiques de gouvernance environnementale sur le territoire, la façon dont les associations de protection de l’environnement y participent mais aussi les représentations de la protection de l’environnement qui doit se traduire dans l’action politique et la volonté des élus. Nous décrivons les problématiques environnementales présentes en Corse mais aussi le rapport identitaire au territoire insulaire et la représentation des enjeux environnementaux au cœur desquels se trouvent les humains, à la fois origine et solution aux problèmes. Enfin, nous présentons les dynamiques associatives corses : de l’importance de l’argument scientifique dans les mobilisations environnementales à l’usure de la lutte. Nous exposons les actions que certains militants considèrent comme fondamentalement liées aux enjeux humains, faisant appel à des objets sociaux et patrimoniaux qui participent à la justice environnementale comme à la justice sociale.

Enfin, cette recherche a permis d’élaborer une typologie des représentations sociales de l’environnement que l’on retrouve dans le discours des différents acteurs de la protection et la gouvernance environnementale. Cette typologie est un effort d’abstraction et de classification, mais aussi, comme l’explique Howard Becker dans Outsiders (1985, p. 43), une façon d’identifier les variables qui « prédiront » le mieux le comportement étudié. Ainsi nous avançons que la prise en compte des différents types de représentations de l’environnement permettrait une gestion pérenne du degré d’incertitude associé aux conflits environnementaux dans lesquels sont impliquées des associations de protection de l’environnement à l’échelle locale.

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